Les Chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne ont nommé la semaine dernière le premier président du Conseil européen choisi par ses pairs, pour deux ans et demi renouvelables, ainsi que la première «haute représentante» pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC). Le nouveau tandem exécutif de l'Europe est composé du Premier ministre belge, Herman Van Rompuy, et de la Commissaire britannique au commerce extérieur, Catherine Ashton. Cette désignation, rapide, suscite peu d'enthousiasme. Est-ce à dire que la montagne a accouché d'une souris, que l'Europe politique, promise par le traité de Lisbonne, est morte-née? Ce n'est pas mon sentiment. Je crois plutôt qu'il s'agit d'un rendez-vous manqué, aux conséquences lourdes.
Ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain. L'existence même d'un Président du Conseil européen durable et d'une présidente permanente du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne est, en soi, un progrès. Elle permet d'en finir avec les présidences tournantes de six mois, trop courtes pour permettre une action en profondeur, pour définir un agenda cohérent, trop discontinues pour être de qualité égale. N'en ayons donc pas la nostalgie. J'ai la conviction que le nouvel attelage donnera à l'Union européenne une stabilité dans l'action, une capacité à développer des politiques publiques articulées que n'autorisaient pas les règles antérieures, celles du traité de Nice, lui-même héritier lointain du traité de Rome, conçu pour une Europe à six. Par ailleurs, je ne souhaite pas faire le procès a priori des deux nouveaux responsables européens. On ne parvient évidemment pas à un tel niveau dans la vie publique sans posséder des qualités éminentes.
Leur laisser une chance
Herman Van Rompuy est un intellectuel catholique, polyglotte, pondéré, qui a réussi la performance de maintenir la Belgique à peu près unie: il y faut sans doute de l'habileté. Catherine Ashton a une faible expérience politique, son bagage en ... Lire la suite sur Slate.fr